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Londres aux couleurs de l’automne

Arbres remarquables, rues et jardins

Londres aux couleurs de l’automne

Arbres remarquables, rues et jardins

À l’automne, Londres change de palette. L’argent des tilleuls cède peu à peu la place aux ocres des platanes, aux ors éclatants des ginkgos, puis aux rouges profonds des copalmes et des érables japonais. Dans les rues, les squares, les cimetières et les jardins cachés, chaque arbre offre une nuance particulière et raconte, à sa manière, un fragment de l’histoire de la ville.

Cette promenade suit les couleurs au fil de la saison : des reflets les plus discrets aux flamboyances les plus vives, avant que les branches dénudées ne laissent apparaître la mémoire des lieux.

Argent, bronze et vert assombri

Le tilleul argenté pleureur du cimetière de Brompton

Avec ses allées silencieuses, ses stèles et ses colonnades, le cimetière victorien de Brompton — l’un des « Magnificent Seven » de Londres — déploie au cœur de la capitale une beauté grave. Chênes verts et chênes de Turquie, marronniers d’Inde, cèdres de l’Himalaya et du Liban, arbousiers méditerranéens, ifs et érables à grandes feuilles y composent un paysage d’une remarquable diversité.
Parmi eux, le tilleul argenté pleureur retient pourtant le regard. En automne, le jaune tendre de ses feuilles se mêle à leur revers gris argenté ; ses longues branches s’inclinent avec grâce et répandent à ses pieds un tapis de lumière pâle.
À l’époque victorienne, les silhouettes pleureuses évoquaient le deuil et la perte, d’où leur présence fréquente dans les cimetières. Ceux de Brompton auraient été plantés pour marquer le jubilé d’argent de la reine Victoria. La souveraine, accablée par la mort du prince Albert, ne célébra toutefois pas officiellement ses vingt-cinq années de règne.

Les ors de la ville

Le platane, emblème de Londres

Peu d’arbres sont aussi intimement liés au paysage londonien que le platane commun. À l’automne, ses grandes feuilles prennent des tons de jaune brun, d’ocre et de bronze avant de couvrir les trottoirs. Sa haute silhouette accompagne les quais, les squares et les avenues ; à St James’s Park, son feuillage doré encadre le palais de Buckingham depuis le Blue Bridge, tandis que Victoria Embankment rappelle combien les plantations du XIXe siècle ont contribué à populariser l’espèce.
Certains spécimens ont acquis une identité propre. À Barn Elms, dans le secteur de Richmond, « Barney » compte parmi les vieux géants de la capitale. À Westminster, les platanes du College Garden se dressent dans un enclos cultivé depuis plus de neuf siècles. Et à Berkeley Square, leurs ramures anciennes forment un saisissant contraste avec les façades aristocratiques de Mayfair.

Quand les feuilles cèdent la place à la mémoire

Le chêne de la reine Élisabeth à Greenwich

Daté par la dendrochronologie de 1292, le Queen Elizabeth Oak est l’un des arbres les plus légendaires de Greenwich Park. Sa frondaison automnale appartient désormais au passé : mort au XIXe siècle puis renversé par une tempête en 1991, il demeure visible, couché dans l’herbe, comme une relique de bois offerte au temps. La tradition veut qu’Henri VIII et Anne Boleyn aient dansé autour de son tronc et que leur fille, la future Élisabeth Ire, ait pique-niqué sous son ombre — ou même dans le creux de son tronc.

L’Elfin Oak, un royaume miniature

À Kensington Gardens, l’Elfin Oak n’est plus un arbre vivant, mais un vieux tronc de chêne devenu théâtre enchanté. Dans ses anfractuosités apparaissent fées, elfes, gobelins et créatures fantastiques : tout un peuple minuscule semble avoir pris possession du bois, transformant une souche ancienne en porte ouverte sur l’imaginaire.

Le Tyburn Tree, l’arbre qui n’en était pas un

Près de Marble Arch, le nom de Tyburn Tree survit sans qu’aucun arbre ne subsiste. Il désignait un gibet triangulaire, dont la forme rappelait trois branches réunies et où furent exécutées des milliers de personnes. Une plaque en marque aujourd’hui l’emplacement : dans ce paysage urbain, la métaphore végétale conserve la mémoire d’un lieu sombre de l’histoire londonienne.

Le Hardy Tree de St Pancras

Dans le cimetière de St Pancras Old Church, un frêne commun s’élevait au centre d’un cercle serré de pierres tombales. La tradition attribue leur disposition au jeune Thomas Hardy, alors assistant d’architecte, chargé en 1865 de superviser le déplacement de sépultures lors de la construction de la ligne de chemin de fer. Avec le temps, les racines avaient enlacé certaines pierres, donnant au lieu une puissance presque irréelle. Atteint par un champignon, l’arbre est tombé à Noël 2022 ; son histoire demeure pourtant l’une des plus singulières de Londres.

St Dunstan-in-the-East, la ruine devenue jardin

Au cœur de la City, la végétation a lentement investi les ruines de l’église St Dunstan-in-the-East. L’édifice, gravement endommagé pendant le Blitz de 1941, ne fut pas reconstruit ; ses vestiges devinrent un jardin public ouvert en 1970. Les feuillages glissent sur les murs, s’enroulent autour des fenêtres béantes et composent un décor où la pierre et le vivant semblent s’être réconciliés.
À l’automne, les ors et les jaunes se détachent sur le vert sombre du lierre. L’atmosphère, mystérieuse et presque gothique, donne l’impression de pénétrer dans une ville oubliée, rendue à la nature.

Rouges, pourpres et oranges flamboyants

Le copalme d’Amérique de Warwick Avenue

À Warwick Avenue et dans les rues voisines, le copalme d’Amérique devient l’une des grandes vedettes de la saison. Ses feuilles étoilées passent du vert au pourpre, au rouge vif et à l’orange brûlé, comme si chaque arbre portait à lui seul tout un incendie contenu.

Le tulipier de Virginie

Dans les Avenue Gardens de Regent’s Park, les tulipiers participent au dessin solennel des allées. À la fin du printemps, leurs fleurs en forme de tulipe attirent les pollinisateurs ; puis, en septembre et en octobre, leurs grandes feuilles prennent des teintes jaunes et orangées qui réchauffent la perspective.

Le ginkgo, une pluie d’or

Le ginkgo biloba, parfois qualifié de « fossile vivant », est l’unique survivant d’une très ancienne lignée végétale. Ses feuilles en éventail sont immédiatement reconnaissables ; à l’automne, elles virent à un jaune éclatant.
Dans les rues de Londres, on peut en apercevoir à Pimlico, notamment autour de Warwick Square et d’Eccleston Square, ainsi que du côté de Marylebone. D’autres spécimens ponctuent différents quartiers de la capitale ; leur localisation évoluant au fil des plantations, la carte des arbres publics de Londres permet de rechercher les ginkgos les plus proches.

Le ginkgo possède aussi un sens spectaculaire du moment. Alors que beaucoup d’arbres se dénudent peu à peu, les feuilles d’un même spécimen jaunissent souvent de façon remarquablement synchronisée et peuvent tomber presque à l’unisson. En quelques heures, le nuage doré qui flottait au-dessus des branches devient une mer de lumière sous les pas.

Les érables japonais du Kyoto Garden

À Holland Park, le Kyoto Garden offre une autre vision de l’automne. Créé en 1991 comme un don de la ville de Kyoto, ce jardin japonais rassemble érables, cascade en terrasses et bassin peuplé de carpes koï. Lorsque la saison avance, les feuilles délicates des érables passent du vert au jaune, à l’orange et au rouge profond ; leurs reflets se mêlent à l’eau et aux pierres, donnant au lieu une sérénité presque picturale.

Cette promenade ne saurait embrasser tous les arbres de Londres. Elle invite plutôt à suivre la saison dans les rues, les squares, les cimetières et les jardins, depuis les premiers reflets argentés jusqu’aux dernières pluies d’or. Les grands parcs — St James’s Park, Richmond Park, Bushy Park, Hyde Park et Regent’s Park — offrent d’autres échappées, tandis que Kew Gardens permet de prolonger le voyage parmi les essences du monde entier.

Nous vous souhaitons de merveilleuses découvertes, de longues promenades sous les feuillages et de précieux souvenirs au fil des saisons.